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jeudi 12 juillet 2012

Oedipe Roi de Sophocle


Le Festival d'Epidaure a initié son édition 2012 avec la représentation d'Oedipe Roi, mise en scène par le Lituanien Cezaris Grauzinis et interprété par le Théâtre municipal de Volos.

Dans un décor dépouillé, fait de quelques accessoires amenés et déplacés tour à tour par le choeur, le parti pris était clairement de donner la priorité au texte. 

Alors je ne vais vous en priver en reproduisant ici, la tirade qu'Oedipe déclame après s'être crevé les yeux. 

Epidaure, Oedipe Roi, 7.7.2012


Oedipe : "Ah! ne me dis pas que ce que j'ai fait n'était pas le mieux que je pusse faire ! Epargne-moi et leçons et conseils !... Et de quels yeux, descendu aux Enfers, eussé-je pu, si j'y voyais, regarder mon père et ma pauvre mère, alors que j'ai sur tous les deux commis des forfaits plus atroces que ceux pour lesquels on se pend ? Est-ce la vue de mes enfants qui aurait pu m'être agréable ? - des enfants nés comme ceux-ci sont nés ! Mes yeux, à moi, du moins ne les reverront pas, non plus que cette ville, ces murs, ces images sacrées de nos dieux, dont je me suis exclu moi-même, infortuné, moi, le plus glorieux des enfants de Thèbes, le jour où j'ai donné l'ordre formel à tous de repousser le sacrilège, celui que les dieux mêmes ont révélé impur, l'enfant de Laïos ! Et après avoir de la sorte dénoncé ma propre souillure, j'aurais pu les voir sans baisser les yeux ? Non, non ! Si même il m'était possible de barrer au flot des sons la route de mes oreilles, rien ne m'empêcherait alors de verrouiller mon pauvre corps, en le rendant aveugle et sourd tout à la fois. Il est si doux à l'âme de vivre hors de ses maux ! ... Ah ! Cithéron, pourquoi donc m'as-tu recueilli ? Que ne m'as-tu plutôt saisi et tué sur l'heure ! Je n'eusse pas ainsi dévoilé aux humains de qui j'étais sorti... O Polybe, ô Corinthe, et toi, palais antique, toi qu'on disait le palais de mon père, sous tous ces beaux dehors, quel chancre malfaisant vous nourrissiez en moi ! J'apparais aujourd'hui ce que je suis en fait : un criminel , issu de criminels... O double chemin ! val caché ! bois de chênes ! ô étroit carrefour où se joignent deux routes ! vous qui avez bu le sang de mon père versé par mes mains, avez-vous oublié les crimes que j'ai consommés sous vos yeux, et ceux que j'ai plus tard commis ici encore ? Hymen, hymen à qui je dois le jour, qui, après m'avoir enfanté, as une fois de plus fait lever la même semence et qui, de la sorte, as montré au monde des pères, frères, enfants, tous de même sang ! des épousées à la fois femmes et mères - les pires hontes des mortels... Non, non ! Il est des choses qu'il n'est pas moins honteux d'évoquer que de faire. Vite, au nom des dieux, vite, cachez-moi quelque part, loin d'ici; tuez-moi, jetez-moi à la mer ou en des lieux du moins où l'on ne me voie plus... Venez, daignez toucher un malheureux. Ah ! croyez-moi, n'ayez pas peur : mes maux à moi, il n'est point d'autre mortel qui soit fait pour les porter."


Traduction Paul Mazon, 
Société d'édition Les Belles Lettres, 1962.

7 commentaires:

  1. Hou la la!
    Faut déjà arriver à la sortir cette tirade sans se prendre les pieds dans le tapis!
    Et moi qui ai regardé "le discours d'un roi" hier! J'imagine Georges vi en train d'essayer de réciter ça! Hi hi hi hi hi!

    ***
    Bises et belle journée****

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  2. Non, s'il te plaît, Amartia, ne me jette pas à la mer, moi!... Sinon, je ne pourrai plus placer mes photos sur le blog...

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  3. une mise en scène comme pour Wagner à Bayreuth...

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  4. Tu es si près d'Epidaure! Vois-tu les tragédies ou les comédies qui y sont données? Quand je serai à la retraite, nous louerons bien à l'avance chez toi et nous irons voir une tragédie.Médée aurait ma préférence...Il est doux d'avoir des projets...

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  5. Quel décor naturel pour un roi !!! J'imagine l'émotion d'entendre ces mots semés au vent chaud d'une nuit d'été là-bas....

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  6. Un endroit magique que j'ai tellement aimé et de merveilleux souvenirs de son festival, merci pour ce beau moment et amitié, Martine

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  7. Ouf! C'est énorme, pour dire moderne! Le théâtre d'Epidaure est si beau que l'on peut supporter ces tirades dramatiques qui ne manquent pourtant pas de grandeur! Je pourrai relire mes classiques, ça ne me ferait pas de mal je pense - à défaut d'assister à une représentation dans cet endroit mythique!

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