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dimanche 22 novembre 2020

L comme Lacarrière Jacques

Je choisis Lacarrière pour illustrer cette étape de mon dictionnaire amoureux pour l'"Eté grec", bien sûr, et l'éblouissement que cette lecture a provoqué en moi. 


Jacques Lacarrière (DNA)


J'étais à Karpathos, en 1984, dans une petite crique isolée, avec l'impression d'être exactement au coeur de ce que ce livre évoquait... l'âme grecque, le poids inévitable des traditions  et en même temps la profondeur d'un sentiment d'une grande liberté, due je pense à la simplicité et à la véracité des relations qui liaient les gens entre eux. 

Par la suite, je n'ai cessé de découvrir l'oeuvre de celui que je ne peux pas appeler "auteur", tant ses réflexions, sont d'abord liées à ce qu'il a voulu vivre. Quand je pense à lui, je fais toujours le lien avec l'autre grand voyageur que j'admire, Nicolas Bouvier. 

J'ai adoré le suivre sur les chemins d'Hérodote, dans ses recherches sur les diverses mystiques et mythologies. Je le lis, et le relis régulièrement, avec toujours autant de bonheur.

Alors bien sûr, la Grèce a bien changé depuis ces années 50-60 durant lesquelles il a vécu à l'heure grecque, et je sais qu'il avait mis un terme à ses voyages durant la période de la junte militaire, mais je me rassure, car je trouve encore, et pas seulement chez les vieux, des traits fondamentaux de ce qui lui avait fait aimer ce pays. 

"Tous ceux qui ont traversé la Grèce et le Proche-Orient par ces moyens locaux savent qu'il existe aussi des méridiens pour les moteurs et pour les mécaniques. Je veux dire que la façon d'utiliser, de manoeuvrer, de réparer automobiles, autocars et camions est foncièrement différente à partir d'un certain degré de longitude. bien sûr, vis, écrous, soupapes sont les mêmes mais on dirait qu'une fois passés entre les mains d'un Grec, d'un Turc, d'un habitant des hauts-plateaux ou des déserts, les moteurs fonctionnent selon d'autres principes, les carrosseries ignorent la limite d'âge, les véhicules deviennent brusquement investis d'une sorte d'immortalité." ("L'Eté grec").

Il est amusant de constater que dans son "Dictionnaire amoureux de la Grèce", il n'a pas retenu la lettre L et que cette occurence est restée muette. 


dimanche 15 septembre 2019

Une passion qui ne m'a pas quittée


Le thème du mois, choisi par Blogoth67, est : Objet(s) de votre enfance. Aucune hésitation, en ce qui me concerne, c'est bien le premier "vrai livre" qui m'a le plus émerveillée.  La preuve, je l'ai encore ! Depuis, je n'ai cessé de lire et cela reste mon occupation préférée.


Si vous voulez découvrir l'objet d'enfance qui a marqué les autres participants, cliquez sur les liens ci-dessous :

Akaieric, Alexinparis, Amartia, Betty, Blogoth67, Brindille, Cara, Christophe, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, El Padawan, Escribouillages, FerdyPainD'épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Julia, Krn, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Mamysoren, Marine D, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sous mon arbre, Tambour Major, Travelparenthesis, Xoliv', écri'turbulente.

vendredi 9 juin 2017

Oedipe à Colone


Sophocle  pose la question du destin qui pèse sur les hommes de leur responsabilité face à ce dernier et des bienfaits ou des malheurs que l'on retire de l'accueil ou du rejet de ceux qui ont enfreint les règles.

On retrouve dans cette oeuvre Oedipe et ses quatre enfants (Antigone, Ismène, Etéocle et Polynice), et Thésée le roi d'Athènes.

Le jour où Oedipe a découvert qu'il avait tué son père et qu'il avait épousé sa mère, le jour où il est chassé de Thèbes, une prophétie d'Apollon lui prédit qu'il ne connaîtra le repos qu'une fois arrivé à Colone et qu' il y mourra apportant ainsi de grands bienfaits à ceux qui l'auront accueillis. 

L'oeuvre de Sophocle nous relate l'arrivée d'Oedipe, vieux et aveugle, accompagné de sa fille, Antigone. 

Oedipe et Antigone,  Jean-Séraphin Besson
2eme ou 3eme quart du XIXe s.

Musée des Beaux-Arts de Dole


Dans un premier temps les anciens du lieux, effrayés, veulent le chasser, mais Antigone prend sa défense et tous deux plaident le malheur d'un homme victime du destin que les dieux lui ont réservé.

Sur ce arrive Ismène, la deuxième fille d'Oedipe, qui leur apprend la lutte pour le pouvoir que se livrent ses deux frères Etéocle et Polynice. Elle le supplie de revenir à Thèbes. Mais Oedipe refuse.

Puis survient Thésée, le roi d'Athènes, qui l'accueille et lui promet protection contre les Thébains. En effet, Créon, le beau-frère d'Oedipe, essaie lui aussi de le convaincre de revenir à Thèbes.  Lui aussi a appris que le lieu où mourra Oedipe bénéficiera des bienfaits des dieux. Devant le refus d'Oedipe, il enlève Ismène et Antigone, mais les hommes de Thésée les lui reprennent, au risque de déclencher une guerre.

Alors que Thésée et Oedipe fêtent le retour d'Antigone et d'Ismène, Polynice se présente et expose à son père le conflit (les sept contre Thèbes) qui l'oppose à son frère. Oedipe lui refuse son aide et souhaite à ses deux fils de s'entretuer. 

Oedipe maudissant Polynice , Jacques Augustin Pajou - 1804
Musée Sainte-Croix - Poitiers


Puis Oedipe demande à Thésée de l'accompagner au lieu où il mourra. Il doit en être le seul témoin.

La pièce se termine alors qu'un messager raconte comment Oedipe a subitement disparu alors que Thésée semblait cacher ses yeux, incapable de soutenir ce qu'il voyait. Antigone annonce qu'elle va retourner à Thèbes et l'on sait quel destin l'y attend.

Vous pouvez retrouver l'intégralité de la pièce en cliquant ICI

Je ne peux terminer ce billet sans vous parler d' Oedipe sur la route de Herni Bauchau :


C'est un récit magnifique que Bauchau invente entre la fin d'Oedipe roi, c'est à dire le moment où Oedipe est chassé de Thèbes et son arrivée à Colone. Oedipe et Antigone errent durant plusieurs années à la recherche d'un lieu d'accueil, d'un lieu ou apaiser enfin leurs tourments, mais c'est aussi un chemin intérieur fait de révoltes et de tourments pour affronter ses propres démons et parvenir à s'accepter.

mardi 24 février 2015

La Pythie


Cet hiver, à Fribourg, j'ai visité une exposition consacrée à l'oeuvre de Marcello (Adèle d'Afrry) dont vous pouvez voir une présentation sur le blog de Gine

L'oeuvre qui m'a le plus frappée, que vous connaissez peut-être puisqu'elle est installée dans le hall de l'opéra Garnier à Paris, est celle intitulée "La Pythie".


Marcello : La Pythie 1869

Qui mieux que Jacques Lacarrière et Pausanias peuvent nous parler du rôle que jouait la pythie de Delphes ?

"Ce tronçon de la Voie Sacrée traversait aussi le coeur le plus primitif de Delphes, là où la Terre eut son premier oracle, gardé par le serpent Python. Au pied de ce mur, là où aujourd'hui les herbes folles croissent à profusion, la Terre "parla". Mais à l'époque classique, la Pythie exerçait ses talents, non plus à cet endroit, mais dans l'adyton du temple d'Apollon, assise sur un trépied dressé au-dessus de la pierre sacrée, cet omphalos ou nombril du monde, cet omphalos qu'on disait une pierre géante tombée du ciel (on pensa, bien sûr à une météorite, mais Pausanias nous dit plus loin qu'il était en marbre blanc, ce qui ne convient guère à une météorite !) ou qui passait pour la pierre emmaillotée de langes que Cronos avait engloutie, croyant dévorer Zeus nouveau-né. De cette pierre - qui communiquait, disait-on avec les entrailles de la terre, sortaient des exhalaisons délétères provoquant un vertige passager propice au délire prophétique, exhalaisons émanant du corps pourrissant de Python, enterré juste en-dessous de l'omphalos. Mais il s'agit là de faits très contestables, dus plutôt à l'imagination des poètes - je parle des exhalaisons délétères, évidemment - et dont Pausanias lui-même ne dit mot. La Pythie - toujours choisie parmi les femmes de Delphes - s'installait donc sur le trépied, buvait de l'eau puisée à la source Cassotide, qui coulait un peu plus haut, au pied du mur nord de l'enceinte, et mâchait des feuilles de laurier."
(Jacques Lacarrière, Promenades dans la Grèce Antique, Hachette, 1978)

Sur ce cratère à figure rouge, datant d'env. 300 av. J.C. il m'a semblé retrouver l'expression "exaltée" de la pythie de Marcello.


Oreste et la Pythie

Au début, la pythie ne délivrait l'oracle d'Apollon qu'une fois par an, mais vu le succès et l'importance des demandes, ces oracles eurent lieu tous les mois. Les maisons des trésors qui foisonnent sur le site de Delphes, montrent bien à quel point la fonction oraculaire du sanctuaire a contribué au développement de la cité. 

"Peu importe qu'en fait, ce soient les prêtres, desservants du sanctuaire et de l'adyton qu'on appelait d'ailleurs les prophètes, qui aient inventé ce langage, ou tout au moins l'aient ordonné, structuré, mis en vers à partir des vaticinations de la Pythie. L'important est qu'à travers ce processus, et le pouvoir qu'on lui accorde, s'exprime une fois de plus la fascination grecque pour le langage. (...) Et les oracles jouent avec les mots comme d'autres jouent avec le feu. Ils capturent les consultants dans leurs pièges sémantiques, les éblouissent, les étourdissent en faisant miroiter toutes les faces des mots. A la limite, cela donnera ce qu'on appelle justement des jeux de mots, allant du calembour à l'énoncé ésotérique."
Jacques Lacarrière, L'Eté grec, Plon, 1976

Le dernier oracle rendu à Delphes fut :

"Dites au roi : la belle demeure a croulé, Phoibos a perdu son foyer, son laurier prophétique et sa source chantante. Elle s'est tue, l'eau qui parlait."
Jacques Lacarrière, L'Eté grec, Plon, 1976


mardi 9 décembre 2014

J'ai bien connu ta mère


Un grand plaisir ce matin ! Le facteur m'a apporté le livre que Claude-Sophie Gibrat a eu la gentillesse de m'envoyer.


Claude-Sophie, Claude-Sophie ? Ce nom ne vous dit rien ? Mais si, je suis sûre que vous la connaissez sous le nom de Norma. C'est elle qui peint des tableaux tellement originaux. Elle utilise des pigments, qu'elle se procure le plus souvent possible du côté de Venise. Si cela ne vous dit toujours rien, allez sur son blog : Les peintures de Norma C

Norma, c'est aussi la secrétaire de la chatte la plus célèbre de France, celle qui a créé un blog, où seuls les chats ont le droit de s'exprimer, le Kali's Club.

Mais ce n'est pas tout, Norma anime également un blog de discussion Entre filles !

Tout cela pour vous dire que j'admire beaucoup son dynamisme et qu'elle m'étonne encore plus en ajoutant une corde à son arc. La voilà maintenant auteure d'un roman ! 

Juste pour vous donner l'envie à vous aussi de le lire, voici la quatrième de couverture :

"Une femme recherche le premier amour de sa mère à partir des carnets qu'elle a trouvés après sa mort. Un retour dans les années de la deuxième guerre mondiale. L'écriture comme fil rouge d'une vie....
Claude-Sophie Gibrat est artiste peintre. Elle vit à Marseille. "J'ai bien connu ta mère" est son premier roman."

Vous pouvez le trouver auprès de :

Editions du Net : leseditionsdunet.com
Fnac : livre.fnac.com
chapitre.com
sauramps.com
gallix-librairie.com
abebooks.fr
amazon.fr

Je vous laisse, je cours m'installer sur mon canapé pour le dévorer.

vendredi 2 août 2013

Le Hassapiko - Το Χασάπικο


S'il y a une image bien commune en Grèce, c'est celle de ces trois danseurs, qui se tiennent par l'épaule. Nombre de tavernes l'ont prise pour emblème.

Ils dansent le Hassapiko, c'est-à-dire "la danse des bouchers". On fait remonter son origine à la période byzantine, quand les bouchers de Macédoine et d'Istanbul en avaient fait la danse de leur confrérie. Elle est aussi appelée "Makelarikos". 

Elle a été importée en Grèce continentale par les réfugiés d'Asie mineure et reprise par les rébètes, notamment par Markos Bambakaris qui a composé une des chansons les plus célèbres sur ce rythme: I Frankosyriani. (Je ferai bientôt un billet sur M. Bambakaris).

Le Hassapiko se danse à deux, trois, mais rarement plus de cinq personnes, car les combinaisons de pas sont nombreuses et la synchronisation entre les participants est nécessaire. Il est donc préférable de l'exécuter avec quelqu'un avec qui vous vous entendez bien ! 

On distingue le Hassapiko lent, du Hassapiko plus rapide, appelé aussi hassaposerviko.


C'est sur la base du Hassapiko que le Syrtaki a été créé  de toute pièce, en 1964, pour les besoins du film de Michael Cacoyannis : Zorba le Grec.


Rappelez-vous




D'ailleurs, Kazantzakis, dans son roman, faisait danser le zeïmbekiko - et non pas le hassapiko - à Zorba :

"- Viens, Zorba, criai-je, apprends-moi à danser !
Zorba bondit, son visage étincela.
- Danser, patron ? fit-il. Danser ? Allez ! Viens !
- Allons-y, Zorba, ma vie a changé, hardi !
- Pour commencer, je vais t'apprendre le zeïmbékiko. Une danse sauvage, martiale; nous, les comitadjis, on la dansait avant la bataille. 
(...) Il fit un saut, ses pieds et ses mains devinrent des ailes. Comme il s'élançait, tout droit, au-dessus du sol, sur ce fond de ciel et de mer, il ressemblait à un vieil archange révolté. Car cette danse de Zorba était toute de défi, d'obstination et de révolte. On eût dit qu'il criait : "Qu'est-ce que tu peux me faire, Tout-Puissant ? Tune ne peux rien me faire, sinon me tuer. Tue-moi, je m'en fiche. Je me suis déchargé la bile, j'ai dit tout ce que je voulais dire : j'ai eu le temps de danser et je n'ai plus besoin de toi".


Depuis lors, le Syrtaki est devenu, paradoxalement, le symbole des danses grecques, alors qu'il n'a rien de traditionnel. Mais lorsqu'une flashmob est provoquée, personne ne résiste :





mardi 22 janvier 2013

Rébètiko : un chant grec


Ma liste au Père Noël a été exhaussée et j'ai trouvé dans mes chaussons ce livre d'Elèni Cohen que je recommande à tous ceux qui veulent découvrir le Rébètiko.

Outre l'histoire de ce style de musique, son origine et son développement  c'est une mine de renseignements et de références. En plus, il contient un CD de 22 titres enregistrés entre 1932 et 1960.  

Aujourd'hui je choisi de vous présenter "Ο τεκετζης", soit "Le tenancier de téké". Comme le livre est vraiment bien fait, on y trouve non seulement les paroles originales et leur traduction, mais également un glossaire des mots se rapportant au Rébètiko. 

C'est ainsi que sous l'entrée "Téké" on lit : "mot du vocabulaire soufi, désignant à l'origine les couvents des derviches tourneurs et détourné par les rébètes pour nommer les premiers lieux où ils se sont réunis pour faire du rébètiko, danser et fumer du haschisch au narguilé. Les tékés ont été définitivement fermés après la dictature de Métaxas".




Puisque cette vidéo vous en donne déjà le texte en grec, je me contente de reprendre la traduction d'Elèni Cohen

Le tenancier de téké

Je suis un mangkas raffiné, premier tenancier de téké
Je suis aussi un joueur de barbouti super extra

Je fume le narguilé avec la gonzesse
Et à quiconque j'étais redevable, je le suis resté.

tous me disent bon joueur de barbouti
Parce que j'ai affaire à des pigeons et que je les roule.

Quand je suis balèze avec beaucoup de billets de mille
Toute la société me fait la fête avec

Quand je suis (au) tapis, Vierge-Marie
Ma "pomme" s'attire des ennuis.

Paroles et musique de Péristéris
Interprétation de Kasimatis
1934


Je ne sais pas vous, mais moi, je ne me lasse pas d'écouter cette chanson, alors pour que vous puissiez apprécier la dextérité du joueur de bouzouki, voilà une autre vidéo enregistrée plus récemment, en l'honneur de Kosta Ferris, réalisateur du film "Rébètiko".



dimanche 19 février 2012

Le bruit de la neige


En parcourant vos blogs et en admirant vos photos d'hiver,  je retrouve la sensations des matins où l'on se réveille avec l'impression que le reste du monde a disparu, tant les bruits de la vie extérieure sont étouffés par la neige. Je me rappelle le chemin que mon père inventait à coups de pèle pour que ma grand-mère puisse rejoindre l'écurie. Le souvenir des glissades en luge sur la colline du parc voisin, après-midi que nous prolongions au risque de nous faire gronder pour notre retard, avant de s'attabler à la cuisine devant un grand bol de chocolat chaud.

Et je reprends la lecture du Bruit de la neige de Gilles Lapouge :

"Je marche dans la neige. Je laisse derrière moi, sur le voile inviolé, la trace de mes pas. Je regarde cette trace. Elle me suit comme un chien fidèle. Si fidèle qu'après un moment je croiserai mes propres empreintes, je me traquerai moi-même. Peut-être, je finirai par me rejoindre. Et, même si je ne me rejoins pas, au moins m'apercevrai-je."

Bien sûr, je pourrai me pousser un peu et rejoindre les montagnes d'Arcadie, qui semblent si proches, de l'autre côté de la baie de Nauplie, mais je ne fais pas trop confiance à mes pneus d'été et je me contente d'admirer la neige depuis une terrasse ensoleillée.

Nauplie Nafplio Argolide Peloponnèse Grèce

mardi 14 février 2012

Il y a amour et amour



En ce jour de la St Valentin, une petite recherche linguistique sur l'amour. 

En grec, on distingue η αγάπη (agapi) de l'έροτας (érotas).

"Agapé : c'est l'Amour, mais l'amour offrande, le don de soi et aussi l'amour qui accueille et reçoit. (...) Agapé va au-delà de l'attirance et du désir sexuels, il s'étend à l'amitié, à la fraternité, voire à la parenté mystique. (...) C'est lui qu'on retrouvera, cet agapé devenu au pluriel, agapes, pour désigner chez les premiers chrétiens les repa pris en commun par les fidèles. " nous dit Jacques Lacarrière, toujours dans son "Dictionnaire amoureux de la Grèce"

Fresque d'un banquet dans une tombe des catacombes à Rome


L'érotas quand à lui vient bien sûr du dieu Eros qui "en sa plus belle époque, Eros est un adolescent ailé qu'on voit figuré très souvent sur des vases, volant sur le fond noir du ciel comme en état d'apesanteur. Si Eros est toujours en l'air, c'est qu'il a le pouvoir d'alléger en l'homme ce qui est pesant, d'alléger le coeur de l'aimant et de l'être aimé. (...) Eros, c'est la force qui fait que les choses de meuvent, que les êtres s'émeuvent", nous dit encore Jacques Lacarrière.

Et pour le plaisir et l'émotion, voici un poème de Sappho, adapté en grec moderne par O.Elytis et interprété par Angelica Ionatos et Nena Venetsanou.








Bonne journée à vous tous !

dimanche 5 février 2012

Nostalgie


Le "Dictionnaire amoureux de la Grèce" de Jacques Lacarrière est un livre que je lis et relis, piquant ici ou là un article. 



Aujourd'hui, je retiens l'article sur la NOSTALGIE :

"Mais oui, c'est un mot grec, même si nous l'employons sans le savoir ! Nost-algie, l'algie du nostos. Une algie, chacun le sait, c'est une douleur ou une souffrance, de nature physique ou morale. Mais le nostos ? Le nostos est un des mots clés de l'Odyssée, un de ceux qui y reviennent périodiquement et qui signifient le désir du retour. C'est un mot qui n'a pu naître que chez un peuple de marins, de gens passant leur vie loin de chez eux, et qui, un jour, désirent ardemment retrouver leur foyer, leur patrie. Retrouvailles qui ne sont pas toujours faciles, voyez Ulysse ! La nostalgie est donc la douleur éprouvée lorsque l'on veut très fort rentrer chez soi et que cela est difficile ou impossible.
L'Odyssée est, par excellence, le grand poème du nostos, du retour sans cesse retardé, sans cesse différé à Ithaque. C'est pourquoi, chaque fois que je lis ce mot, je ne peux m'empêcher de penser à Ulysse pleurant sur le rivage de l'île de Calypso et suppliant la nymphe de le laisser retourner chez lui. Et chaque fois que je l'entends, ce mot, dans un texte ou dans un poème, je crois entendre aussi sur le sable l'infini gémissement, ressassement d'une mer dont chaque vague dit en mourant :

nostos... nostos... nostos..."

Koroni  Peloponnèse Grèce
Plage de Koroni (17.10.2010)


Gageons que tous les jeunes Grecs qui s'expatrient à un rythme soutenu depuis ces derniers mois, soit pour poursuivre des études, soit pour trouver du travail, vont eux aussi malheureusement retrouver le sens de ce mot.

jeudi 17 mars 2011

Miaou ou Niaou ?

En écho à un billet de Croukougnouche, magnifiquement illustré par des dessins de Léonore Fini, et où l'on apprend plein de mots concernant le vocabulaire utilisé pour parler des chats :

En grec, le chat ne dit pas Miaou, il dit : Niaou ! D'ailleurs, le verbe miauler se dit : νιαουρίζω (niaourizo).

Entre parenthèses, le chien ne dit pas Ouaf, Ouaf, il dit : γαυ γαυ (qui se prononce gav, gav)

Lorsque l'on veut qualifier quelqu'un qu'on admire pour sa débrouillardise, on dit que "C'est un chat" (ou une chatte d'ailleurs).

Chats perchés, chats de gouttière bien sûr !

On ne dit pas des chats qu'ils ont sept vies, mais sept âmes.

L'expression :"il n'y a pas un chat", se traduit donc par, "il n'y a pas d'âme"

À ce propos, je vous recommande la lecture de "Les sept vies des chats d'Athènes", de Takis Théodoropoulos, qui nous raconte de manière plaisante, la réincarnation des grands philosophes et écrivains de l'Antiquité, dans l'un ou l'autre des chats qui rôdent dans les rues d'Athènes. A la fin de l'ouvrage, on trouve la biographie imaginaire de chacun de ces chats philosophes :

" Démocrite

Déçu, au dire de M. Ioannis Dimitracopoulos, par la rigueur de la science moderne, le soyeux Démocrite avait décidé de vivre dans le quartier de Kéfalari, à Kifissia (où jadis Hérode Atticus possédait sa demeure), afin d'y goûter la fraîcheur du climat. Pourléchant sans relâche sa toison et ronronnant de plaisir, il ne cessait de répéter ce principe général : "En réalité, nous ne connaissons rien avec certitude."

vendredi 14 janvier 2011

Voyager en chambre

Ces derniers jours, je ne suis pas beaucoup sortie, mais j'ai fait un magnifique voyage. Voyage dans les souvenirs, les émotions, dans l'oubli même parfois. J'ai pris le plaisir de créer ma bibliothèque virtuelle sur Babelio
 
Je passe d'un auteur à l'autre, ce qui me conduit du Liban, où j'étais présente au tout début de la guerre en 1975, à l'Albanie de Kadaré et du régime d'Enver Hoxha, ce qui ne peut que me remémorer les interminables disputes entre trotskystes et Mao spontex. Et puis voilà Miller et ses "Jours tranquilles à Clichy" que je lisais en cachette, et Gilbert Cesbron qui lui, au contraire, était hautement recommandé aux jeunes filles sages !

 Et puis Cuneo, la prof de Français qui m'a fait découvrir Simone de Beauvoir, Sartre, Camus, Queneau, Vian, le cinéma, le surréalisme....(Pauvre Breton, j'ai relu "Nadja" et j'ai trouvé cela verbeux). Quelques livres rescapés de mes études. Dire qu'en soixante-huitarde convaincue, je lisais Marx et Lénine à la plage !

Toute une série d'auteurs maghrébins dont une bonne partie des romans se confondent dans mon esprit en un seul récit racontant la simplicité, la pauvreté, la sagesse des anciens, l'exode rural, parfois même l'exil. Même remarque pour certains auteurs grecs....

 Et puis tout un tas d'auteurs américains, découverts plus tardivement, au gré des discussions avec mes soeurs, des cadeaux reçus, des emprunts. 

 Des auteurs contemporains, à la mode ou pas, des romans historiques, des auteurs de prédilection : Bauchau, Kazantzakis, Duras, Genet, Yourcenar, Durrel, Bouvier, et j'en oublie.

 Un grand nombre de livres dont malheureusement le titre  ne me rappelle  plus rien... aucun souvenir personnel, aucune émotion. Des livres que je regarde avec un peu de culpabilité, ne sachant s'il vaut mieux les oublier définitivement ou au contraire, les relire...

Mais au milieu de tout ça, un trésor. J'ai retrouvé le premier vrai livre que j'ai lu toute seule, comme une grande à l'âge de 5 ans. Cela ne m'étonne pas qu'il m'ait suivi jusqu'ici, je lui dois beaucoup, c'est lui qui m'a fait saisir le plaisir de la découverte du monde extérieur par le simple fait de savoir lire.

samedi 13 novembre 2010

Το φεγγαρι - la Lune

Je suis en train de lire "Au coeur des mythologies" de Jacques Lacarrière et avant même que de l'avoir terminé, j'en extrais un passage concernant la Lune, si chère aux Grecs. (Dans un prochain billet, je reviendrai sur le nombre de chansons populaires qui ont pour thème la lune, ses bienfaits et ses maléfices).

"Si le soleil est l'oeil du jour, la lune est tout naturellement l'oeil de la nuit. Un tel parallélisme n'a guère besoin d'être justifié. Tous les peuples ont considéré que ces deux yeux, qui ne se rencontrent pourtant jamais dans le ciel, si ce n'est aux rares intervalles des éclipses, appartenaient à un même visage divin. Quelle que soit la nature de leurs rapports, qu'ils soient frère et soeur, mari et femme, associés ou rivaux dans la quête du pouvoir suprême sur les hommes, aucun mythe ne met en doute l'existence de ces rapports. (...)
Elle (la lune) intervient, tout comme le soleil, dans la vie et dans les visions des hommes mais par les voies du fantastique, de l'ombre et de la confusion. Elle commande aux forces nocturnes, et crée sur la terre une atmosphère d'angoisse et d'irréalité. Et surtout, à la différence du soleil, elle ne reste jamais intacte dans le ciel : chaque mois, elle diminue, change de forme, se mue en un fin croissant aux cornes menaçantes et disparaît pendant trois jours. Quand elle réapparaît fragile et minuscule, c'est pour retrouver sa forme première et recommencer le même cycle de disparitions et de réapparitions sans fin. Elle a, en somme, une "histoire" mystérieuse, dramatique, vite assimilée à celle d'une mort et d'une résurrection périodiques. C'est pourquoi, dans les mythes les plus anciens, la lune gouverne à la fois la Mort et l'Immortalité."

Ce lien entre le soleil et la lune est encore très présent et on trouve dans les jardineries des céramiques décoratives réunissant le soleil et la lune.

mercredi 10 novembre 2010

Je relève le défi

Je relève le défi lancé par Djinns et Jeans :

"Citez quinze auteurs, incluant les poètes, qui vous ont influencé et que vous garderez toujours dans votre coeur. Listez en moins de 15 minutes, les 15 premiers qui vous viennent en mémoire."

Panaït Istrati
Marguerite Duras
Boris Vian
Jean Genet
Panaït Istrati
Nikos Kazantzaki
Naghib Mahfouz
Simone de Beauvoir 
Henry Bauchau 
Jacques Lacarrière
Lawrence Durrell
Corina Bille
Italo Calvino
Raymond Queneau

Dans le désordre... avec des oublis, bien sûr !

Et je lance le défi à


Liza - Le blog de Liza
Nafpliotissa - Mon grain de sel à Nauplie
Croukougnouche - Petites histoires sans importance
Autourdupuits

jeudi 3 juin 2010

La relation mère-fils


Les liens qui lient les mères grecques à leurs fils (et vice-versa) sont redoutés de toutes les épouses et nombreuses sont celles qui en souffrent, avant de reproduire, à leur tour, cet "enfer" au quotidien.

On raconte à ce propos l'anecdote suivante :

"Il a été prouvé que Jésus-Christ était grec. Comment ?
- Il est resté vivre auprès de sa mère jusqu'à l'âge de 33 ans
- Sa mère le considérait comme le fils de Dieu
- Il a toujours cru que sa mère était vierge" !


Philippe Geluck : Le chat

En feuilletant, comme cela m'arrive souvent, le fameux livre de référence, "L'été grec" de Jacques Lacarrière, je tombe sur ce passage que je ne résiste pas à reproduire ici, tant l'acuité du regard et la férocité de langue me ravissent :

mardi 25 mai 2010

Mes lectures

Depuis toujours j'aime lire. Lorsqu'un auteur me plaît, j'ai tendance à dévorer tout ce qu'il a écrit.
J'ai décidé de partager ces moments de sérénité avec vous et j'ouvre donc une autre rubrique intitulée : "Mes lectures".
Je me réjouis d'échanger des avis avec vous et espère que cela vous intéressera.

mercredi 5 mai 2010

Antigone

Parmi les livres d'Henry Bauchau, je lis et relis son "Antigone"* et surtout son "Journal d'Antigone"**, c'est-à-dire le journal qu'il tenait alors qu'il écrivait le roman (1989-1997).




2 mars 1993


"Un couteau a toujours des moments ignobles, mais nous avons besoin de couper. Peut-être est-ce une pensée d'Antigone.

Après déjeuner, fatigué, je me repose, un bref sommeil et je me retrouve bien au chaud sous la couverture pensant au nouveau personnage (Noir) survenu dans le roman. Je prends conscience que le plus important dans le tour nouveau du livre ce n'est pas Noir, si important soit-il, mais le cri d'Antigone. Ce cri qui est apparu presque à mon insu sous ma plume alors que mon attention était plus attirée par Noir que par le cri, qui semblait n'apparaître là que pour exiger sa présence. Il me semble que le cri est destiné à devenir un élément fondamental du livre. Ce cri qu'elle ne veut pas pousser pour Etéocle et Polynice et qui seul pourrait peut-être les fléchir, elle le pousse à nouveau quand la nécessité l'y force car il n' a plus d'argent pour les pauvres et pour les malades.(...)